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Les éléments du caractère du parc national de la Réunion


« On a vraiment l’impression que là - et nulle part ailleurs - la nature a dû se recueillir pour signifier sur un étroit espace sa majesté et sa variété. »

L’île de La Réunion - Barquisseau, Foucque - Jacob de Cordemoy, 1925

 

Le caractère du parc national repose sur des éléments matériels, un riche patrimoine naturel, culturel et paysager, spécifique et objectivement décrit ainsi que sur des éléments immatériels, notamment une capacité de ressourcement ainsi que tout ce qui suscite chez l’homme l’émotion, le respect et un appel fort à l’imaginaire. La valeur universelle exceptionnelle des paysages et de la biodiversité du parc national a été reconnue par l’UNESCO à travers l’inscription des « Pitons, cirques et remparts de l’île de La Réunion » sur la liste des Biens naturels du Patrimoine mondial.

 

Le coeur du parc national de La Réunion présente ainsi les principales caractéristiques4 suivantes :

• un ensemble exceptionnel, étagé en altitude, d’écosystèmes non perturbés, notamment forestiers, représentatifs de l’archipel des Mascareignes, marqué par sa dimension, une grande diversité des habitats et des espèces, ainsi qu’un taux d’endémisme* remarquablement élevé : le coeur du parc est le dernier refuge pour un grand nombre d’espèces, menacées et en danger ;

• des paysages naturels grandioses, façonnés par une activité volcanique et par des processus érosifs vigoureux ;

• un paysage culturel, comprenant, notamment dans les cirques*, des îlets* isolés et sans desserte routière, façonnés et occupés par l’homme. Montagne-bouclier posée sur le plancher océanique, La Réunion est une île volcanique océanique tropicale où la verticalité et les empreintes laissées par le temps élargissent des horizons limités.

Deux massifs volcaniques accolés sont visibles : l’un célèbre par ses trois cirques, amphithéâtres naturels à la hauteur et la verticalité vertigineuses, disposés en as de trèfle autour du Piton des neiges, parsemés d’îlets, l’autre hébergeant l’un des volcans les plus actifs du monde. Les deux massifs sont compartimentés par des remparts*, murailles rocheuses escarpées d’âge et de nature géologique variables, qui composent des paysages remarquables. L’île est également marquée par une nette différence de pluviométrie entre le versant est exposé aux vents et le versant ouest « sous le vent ». Celle-ci, combinée à l’étagement altitudinal et à la topographie, engendre une grande variété de climats et de micro-climats. Construction et destruction par des phénomènes géologiques et érosifs de différentes ampleurs sont le quotidien réunionnais. « A la singularité des reliefs de l’intérieur de l’île, s’oppose la régularité des pentes extérieures »5. L’espace se subdivise en quatre territoires à forte identité qui combinent le feu, l’air, l’eau et la terre : La Fournaise d’un côté, chacun des trois cirques de l’autre, soit quatre monuments géologiques entourés de leurs planèzes*.

Le réseau hydrologique apparent laisse deviner la complexité de l’hydrogéologie réunionnaise et des interactions entre les structures géologiques du sous-sol, les eaux souterraines et les eaux de surface. Le coeur de l’île est un château d’eau qui alimente les Bas, avec néanmoins une répartition hétérogène de la ressource, notamment entre l’est et l’ouest, et un régime hydrique très irrégulier, lié à l’alternance entre saisons des pluies et saisons sèches, selon un cycle annuel. Équipés de nombreux captages et barrages, les bassins versants restent de grande qualité écologique et permettent la reproduction de la faune aquatique, dont les espèces pêchées aux embouchures. Les gorges profondes, les torrents, bassins et cascades enrichissent une palette paysagère diversifiée et attractive. Avec le plus haut sommet du sud ouest de l’océan Indien, le coeur du parc national abrite les seuls écosystèmes de montagne des Mascareignes, derniers étages d’un gradient de végétation continu depuis le littoral.
Une mer de nuages isole fréquemment les plus hauts sommets, au climat tempéré, recouverts d’une végétation altimontaine*. Ce sont des bastions de très grande quiétude où nichent notamment deux espèces de pétrels endémiques durant l’été austral.
Dans ce carrefour de biodiversité, la nécessaire adaptation des espèces à des substrats d’âge et de composition différents, et à des topo-climats diversifiés, a engendré des taux d’endémisme records dans le règne végétal et animal, rapportés à la superficie de l’île. Une vingtaine d’habitats constitue une mosaïque d’écosystèmes uniques au monde et peu perturbés, la végétation ayant conservé son aspect originel en l’absence de grands mammifères. En lien avec la faible abondance des vertébrés, le silence de la nature réunionnaise et le sentiment de quiétude qui en résulte sont remarquables.

Dans ce laboratoire vivant, l’évolution se poursuit. Une forte proportion d’espèces indigènes présente une hétérophyllie* marquée qui ajoute encore de la diversité aux formes et couleurs de la nature. Dans la forêt humide, une strate épiphyte* dense installée sur les troncs tortueux
regorge de mousses encore sans nom... Dans la Plaine des Sables, c’est au contraire un paysage à dominante minérale où l’histoire de la colonisation par le vivant se dévoile ; seule la piste rappelle que l’homme y a déjà posé le pied.

Vue des Bas ou des Hauts, aucune portion de l’île ne ressemble à une autre. Et ce sont les deux extrémités nord-ouest et sud-est qui présentent les visages les plus opposés. Les contours du parc côtoient dans ces deux cas l’océan, lui offrant des façades littorales contrastées : d’un côté, la ville enserre la nature tandis que de l’autre, c’est le volcan qui rythme et s’impose à l’homme. Découverte de la mer, au large de l’Enclos, La Réunion pourrait encore donner l’illusion d’une île déserte ; dissimulées dans la végétation, les cases* posées sur les dalles de basalte y semblent soumises aux caprices du volcan...

Sur les planèzes, les champs de canne à sucre constituent les plus vastes cônes visuels encore épargnés par l’extension urbaine, « du battant des lames » jusqu’à plus de 800 mètres d’altitude. Les ravines, qui délimitent et entaillent ces planèzes et rythment les paysages, constituent les derniers liens continus entre mer et sommets, couloirs que les oiseaux empruntent préférentiellement. Dans les bourgs des Hauts, plantations vivrières et jardins créoles colorés expriment à la fois un lien à la terre vivace et un riche métissage culturel.

Le difficile accès à des « bouts du monde » préservés, la fraîcheur et la quiétude ambiantes s’allient pour offrir une alternative à la vie et l’activité trépidantes des Bas. Les îlets du cirque de Mafate, ainsi que l’îlet des Salazes (cirque de Cilaos) se distinguent par leur enclavement extrême, originalité qui leur a valu d’être intégrés au coeur du parc national. La découverte par voie aérienne ou pédestre permet de percevoir toute l’originalité de leur organisation spatiale et d’une architecture à mi-chemin entre traditions et modernité. Pour cette population toujours en quête de meilleures conditions d’une vie rythmée par les éléments naturels, la marche et l’hélicoptère font partie du quotidien.

De nombreux îlets n’en sont plus, dès lors que la route les relie à un centre aggloméré. Certains, toutefois, au bout d’un chemin qui souligne toute l’originalité des lieux, surprennent encore par l’authenticité qu’ils dégagent.

 

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Dernière mise à jour :
31-07-2014 15:40
Auteur :
Alicia Lambert
Révision:
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